Introduction : Quand la gencive recule, la greffe peut reconstruire
Vous avez l’impression que vos dents « s’allongent » ? Vos gencives semblent reculer progressivement, laissant apparaître les racines de vos dents ? Vous ressentez une sensibilité douloureuse au froid, au chaud ou au sucre ? Ces symptômes sont typiques de la récession gingivale, un phénomène qui peut affecter une ou plusieurs dents et qui nécessite souvent une intervention chirurgicale pour être corrigé.
La greffe gingivale est la technique de référence pour traiter les récessions gingivales. Pratiquée en parodontologie depuis plusieurs décennies, cette intervention permet de reconstruire la gencive perdue, de recouvrir les racines exposées, de stopper la progression du déchaussement et de retrouver un sourire esthétique et des gencives fonctionnelles.
Dans cet article, nos parodontologistes vous expliquent tout sur la greffe gingivale : pourquoi elle est nécessaire, comment elle se déroule, quelles techniques existent et à quels résultats vous pouvez vous attendre.
Qu’est-ce qu’une récession gingivale ?
Avant d’aborder la greffe, il est essentiel de comprendre ce qu’est une récession gingivale et pourquoi elle se produit.
La récession gingivale (ou récession parodontale) est le déplacement apical du bord gingival, c’est-à-dire le « glissement vers le bas » de la gencive, qui expose la surface de la racine dentaire. Cette portion de racine, normalement protégée sous la gencive, n’est pas recouverte d’émail mais de cémentum, un tissu bien plus fragile et perméable.
Les conséquences sont multiples :
- Hypersensibilité dentaire au froid, chaud, sucré ou acide
- Risque de carie radiculaire accru sur la zone exposée
- Fragilisation de la dent à long terme
- Impact esthétique : dents « longues », sourire inégal, aspect vieilli
- Risque d’évolution : une récession non traitée peut s’aggraver progressivement
Les causes des récessions gingivales
Les récessions peuvent avoir des origines multiples, souvent combinées :
Un brossage traumatique est la cause la plus fréquente dans les populations à bonne hygiène. Brosser trop fort, avec une brosse trop dure ou avec de mauvais mouvements horizontaux « en sciage » agresse et repousse mécaniquement la gencive vers le bas.
La maladie parodontale (parodontite) entraîne une destruction osseuse qui provoque inévitablement une récession gingivale associée.
Un frein labial ou lingual trop court ou à insertion haute exerce une traction sur la gencive et peut créer ou aggraver une récession.
Le tabac fragilise la vascularisation gingivale et favorise les récessions.
La malposition dentaire : une dent positionnée trop en avant de l’arcade peut se retrouver avec une gencive fine et insuffisante, plus vulnérable aux récessions.
Les traitements orthodontiques mal planifiés ou mal conduits peuvent déplacer les dents hors de leur enveloppe osseuse et provoquer des récessions.
Le piercing lingual ou labial frotte mécaniquement sur la gencive et peut créer des lésions irréversibles.
Le vieillissement naturel s’accompagne d’un amincissement progressif de la gencive, mais une récession significative n’est jamais « normale » et doit être évaluée.
Classification des récessions gingivales
En parodontologie, les récessions sont classifiées pour orienter le traitement et prévoir le pronostic de couverture radiculaire. La classification de Cairo (2011), aujourd’hui la référence internationale, distingue trois types :
| Classe | Description | Pronostic de couverture |
|---|---|---|
| RT1 | Récession sans perte osseuse ni gingivale interdentaire | Couverture complète prévisible ✅ |
| RT2 | Récession avec perte de tissu interdentaire ≤ à la récession vestibulaire | Couverture partielle prévisible ⚠️ |
| RT3 | Récession avec perte de tissu interdentaire > à la récession vestibulaire | Couverture partielle seulement ⚠️ |
En pratique, une récession RT1 offre le meilleur pronostic pour la greffe gingivale, avec un taux de couverture complète pouvant dépasser 90 % selon la technique utilisée et l’expérience du praticien.
Quand faut-il recourir à une greffe gingivale ?
Toutes les récessions ne nécessitent pas forcément une greffe immédiate. La décision d’opérer dépend de plusieurs facteurs :
Indications absolues
- Récession évolutive (qui progresse de façon documentée)
- Hypersensibilité dentaire invalidante ne répondant pas aux traitements conservateurs
- Risque élevé de carie radiculaire sur racine exposée
- Préparation à un traitement orthodontique : une gencive insuffisante doit être renforcée avant de déplacer les dents
- Préparation à la pose d’un implant dans une zone à gencive fine
- Récession profonde avec pronostic dentaire engagé
Indications relatives
- Gêne esthétique significative affectant la qualité de vie
- Asymétrie gingivale visible dans le sourire
- Patient très motivé souhaitant corriger une récession stable mais disgracieuse
Situations de surveillance simple
- Récession stable, peu profonde, sans sensibilité, chez un patient ayant corrigé son brossage traumatique
- Dans ces cas, une surveillance régulière peut suffire, sans intervention chirurgicale immédiate
Les techniques de greffe gingivale : quelle procédure pour quel cas ?
La parodontologie moderne dispose de plusieurs techniques chirurgicales pour traiter les récessions gingivales. Le choix dépend de la classe de récession, de l’étendue (dent unique ou multiple), de l’épaisseur gingivale disponible et des objectifs esthétiques.
1. La greffe de tissu conjonctif (GTC) — La technique de référence
C’est aujourd’hui la technique la plus utilisée et la plus validée scientifiquement pour le recouvrement radiculaire. Elle offre les meilleurs résultats esthétiques et fonctionnels, avec les taux de couverture les plus élevés.
Principe :
- Un lambeau est décollé au niveau de la dent à traiter (site receveur)
- Un prélèvement de tissu conjonctif sous-épithélial est réalisé au palais (site donneur), sous l’épithélium de surface qui est refermé (cicatrisation confortable)
- Ce tissu conjonctif est glissé sous le lambeau du site receveur et suturé en position coronaire, couvrant la racine exposée
- Le lambeau recouvre alors à la fois la greffe et la racine
Avantages :
- Taux de couverture radiculaire excellent (jusqu’à 90-98 % en RT1)
- Résultats esthétiques très naturels (intégration idéale des couleurs et textures)
- Cicatrice palatine minimale (site donneur refermé)
- Technique applicable sur dent unique ou sur plusieurs dents simultanément
2. La greffe gingivale libre (GGL) — Pour augmenter l’épaisseur gingivale
Cette technique est indiquée principalement lorsque l’objectif est d’augmenter la quantité de gencive attachée plutôt que de couvrir une racine.
Principe :
- Un fragment de gencive épithélialisée (avec épithélium) est prélevé directement au palais
- Il est suturé directement sur le site receveur, dont l’épithélium a été retiré
Avantages :
- Excellente augmentation de la hauteur et de l’épaisseur gingivale
- Technique robuste et prévisible pour renforcer une zone à gencive fine
Inconvénients :
- Résultat esthétique moins naturel (différence de couleur possible entre la greffe et la gencive environnante)
- Cicatrisation palatine plus lente et plus inconfortable
3. Le lambeau déplacé coronairement (LDC) — Sans prélèvement palatin
Cette technique est indiquée dans des cas sélectionnés où la gencive existante est suffisamment épaisse et où la récession est de classe RT1 ou RT2 favorable.
Principe :
- Le lambeau gingival existant est décollé et glissé vers le haut (coronairement) pour couvrir la récession
- Aucun prélèvement au palais n’est nécessaire
- Souvent combiné avec l’application d’Emdogain® (protéines dérivées de la matrice de l’émail) pour améliorer la régénération
Avantages :
- Pas de site donneur palatin : une seule zone opératoire, moins de douleurs postopératoires
- Bons résultats esthétiques
Inconvénients :
- Indiqué uniquement si la gencive existante est suffisamment épaisse
- Résultats moins prévisibles si ce critère n’est pas respecté
4. Les substituts tissulaires (matrices dermiques acellulaires)
Pour les patients ne souhaitant pas ou ne pouvant pas avoir de prélèvement palatin, des substituts d’origine biologique (comme l’Alloderm® ou le Mucograft®) peuvent être utilisés à la place du tissu conjonctif autologue.
Avantages :
- Pas de site donneur (un seul site opératoire)
- Utile pour les récessions multiples étendues où le prélèvement palatin serait limité
Inconvénients :
- Résultats légèrement inférieurs à la greffe de tissu conjonctif autologue en termes de couverture
- Coût plus élevé
Comment se déroule une greffe gingivale ? Le jour J
Voici les grandes étapes d’une intervention de greffe gingivale pour que vous sachiez exactement à quoi vous attendre :
Avant l’intervention
- Bilan parodontal complet et photographies de référence
- Traitement parodontal préalable si nécessaire (la gencive doit être saine avant la greffe)
- Prescription préopératoire éventuelle (bain de bouche, antalgiques)
- Consignes : repas léger avant l’intervention, pas de tabac idéalement
Pendant l’intervention
- Anesthésie locale : l’intervention est réalisée sous anesthésie locale. Elle est donc indolore pendant l’acte.
- Durée : 45 minutes à 1h30 selon le nombre de dents traitées et la technique
- Le chirurgien prépare le site receveur, réalise le prélèvement palatin si nécessaire, positionne le greffon et suture
- La gencive est couverte d’un pansement chirurgical protecteur (parfois)
Après l’intervention
Les suites postopératoires sont généralement bien tolérées avec le traitement antalgique prescrit. Voici les recommandations habituelles :
- Alimentation froide et molle pendant les 48 premières heures (pas d’aliments chauds, durs, épicés)
- Ne pas toucher la zone opérée avec les doigts ou la langue
- Brossage doux et prudent en dehors de la zone greffée, bain de bouche antiseptique à la place
- Pas de sport intensif ni d’exposition au soleil la première semaine
- Pas de tabac impératif : le tabac compromet gravement la cicatrisation et le succès de la greffe
- Retrait des sutures à 10-15 jours par le praticien
Les suites opératoires : à quoi s’attendre ?
Il est normal de présenter les symptômes suivants dans les premiers jours :
- Œdème (gonflement) au niveau de la joue, maximal entre J2 et J3, qui régresse ensuite
- Ecchymose (bleu) possible sur la joue ou le menton
- Douleur modérée, bien contrôlée par les antalgiques prescrits — le site palatin est souvent plus sensible que le site greffé
- Légère gêne à la parole et à la mastication les premiers jours
Bon à savoir : La gencive greffée change d’aspect pendant les premières semaines : elle peut apparaître blanchâtre, puis rosée et légèrement gonflée. L’intégration complète et le résultat final s’évaluent à 3 à 6 mois post-opératoires.
Résultats et taux de succès de la greffe gingivale
La greffe gingivale est l’une des interventions chirurgicales les mieux documentées en parodontologie, avec des décennies de données cliniques.
Taux de couverture radiculaire
- Greffe de tissu conjonctif (RT1) : 85 à 98 % de couverture complète
- Lambeau déplacé coronairement + Emdogain® : 80 à 95 % en RT1
- Substituts tissulaires : 75 à 90 % en RT1
Stabilité à long terme
Les études à long terme (5 à 10 ans) montrent que les résultats obtenus avec la greffe de tissu conjonctif sont stables dans le temps, à condition que :
- Le patient maintienne une hygiène bucco-dentaire correcte
- La technique de brossage ait été corrigée
- Les visites de maintenance soient respectées
Amélioration de la sensibilité
La disparition ou la nette réduction de l’hypersensibilité dentaire est observée chez la grande majorité des patients dès les premières semaines après l’intervention.
Greffe gingivale et orthodontie : une combinaison souvent nécessaire
Il est fréquent que la greffe gingivale soit réalisée en lien avec un traitement orthodontique :
Avant l’orthodontie : Si une dent présente une gencive trop fine ou une récession déjà amorcée, la greffe permet de renforcer le stock gingival avant les déplacements dentaires, qui pourraient aggraver ou créer une récession.
Après l’orthodontie : Certains déplacements dentaires mal anticipés peuvent provoquer des récessions traitées secondairement par greffe.
La coordination entre orthodontiste et parodontologiste est dans ce cas essentielle.
Questions fréquentes sur la greffe gingivale (FAQ)
La greffe gingivale est-elle douloureuse ?
L’intervention elle-même est réalisée sous anesthésie locale et est donc indolore. Les suites postopératoires sont gérables avec les antalgiques prescrits. Le site palatin (donneur) est souvent la zone la plus sensible dans les jours suivants.
Combien coûte une greffe gingivale ?
Le coût varie selon le nombre de dents traitées, la technique utilisée et la région. Une greffe sur une dent se situe généralement entre 400 € et 800 €. Une partie peut être prise en charge par votre mutuelle selon votre contrat. Nous vous remettons un devis détaillé lors de la consultation.
À quel âge peut-on réaliser une greffe gingivale ?
La greffe peut être réalisée à tout âge dès lors que la croissance maxillo-faciale est terminée (généralement après 16-18 ans). Il n’y a pas de limite d’âge supérieure.
Combien de dents peuvent être traitées en une seule intervention ?
Plusieurs dents peuvent être traitées simultanément lors d’une même séance, ce qui est souvent préférable pour limiter le nombre d’interventions et de sites palatins prélevés.
La greffe gingivale est-elle définitive ?
Si la cause ayant provoqué la récession est corrigée (brossage traumatique, tabac, etc.) et que la maintenance est respectée, les résultats sont durables et stables sur le long terme. Une récidive reste possible si les facteurs de risque persistent.
Peut-on travailler après une greffe gingivale ?
La plupart des patients reprennent une activité normale dès le lendemain, en évitant les efforts physiques intenses pendant une semaine. Votre praticien peut vous prescrire un arrêt de travail si votre métier le nécessite.
Conclusion : Retrouvez des gencives saines et un sourire harmonieux
La greffe gingivale est une intervention sûre, prévisible et aux résultats remarquables, pratiquée couramment dans notre cabinet de parodontologie. Elle permet de stopper définitivement la récession, de reconstruire un volume de gencive protecteur, de réduire la sensibilité dentaire et de retrouver un sourire esthétique et équilibré.
Ne laissez pas vos récessions gingivales progresser. Plus elles sont traitées tôt, plus le pronostic de couverture est favorable et moins l’intervention est étendue.
Article rédigé par l’équipe du Cabinet de Parodontologie P.A.R.O. Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale professionnelle.
